La technologie sauve-t-elle l’économie mondiale?
La plupart des économistes estiment que l’économie mondiale continue de croître. Ils ne craignent pas de forte contraction comme lors des précédentes crises pétrolières, car la quantité de combustibles fossiles nécessaire par unité de produit intérieur brut (PIB) est aujourd’hui bien moindre. La tendance de fond vers davantage d’énergies vertes et l’électrification des transports est inéluctable et freine la demande (croissante) de pétrole.
La principale raison de l’optimisme boursier et de la résilience de l’économie mondiale réside toutefois dans les investissements dans l’IA. Ceux-ci sont considérables et continuent de croître. Quelques chiffres vertigineux:
- En 2025, 1 700 milliards de dollars ont été dépensés dans l’IA (centres de données, puces, logiciels), et ce montant pourrait atteindre 2 500 milliards de dollars1 en 2026. Cela correspond à peu près au PIB de l’Italie — soit l’ensemble des biens et services produits par un pays en une année.2
- Les hyperscalers (Alphabet, Amazon, Meta et Microsoft), qui construisent d’immenses centres de données pour faire fonctionner les applications d’IA, augmentent systématiquement leurs budgets d’investissement. Ensemble, ils prévoient d’investir jusqu’à 725 milliards de dollars en 2026 dans les centres de données et les infrastructures.3 Cela représente 77 % de plus que l’an dernier et près d’un tiers de tous les investissements dans l’IA.
- Les entreprises de semi-conducteurs ne parviennent pas à suivre la demande. Les prix des puces mémoire (DRAM) ont triplé depuis octobre 2025. Trois entreprises produisent plus de 90 % de ces puces : Micron Technology aux États-Unis, ainsi que Samsung Electronics et SK Hynix en Corée du Sud. Jusqu’en 2027 au moins, ces entreprises ne devraient être en mesure de produire que 60 % de la demande totale.4
Les investissements dans l’IA ont un impact positif sur la croissance économique. Les principaux exportateurs de technologies (Taïwan, Corée du Sud) et/ou les pays enregistrant les dépenses les plus importantes en bénéficient logiquement le plus. Le cabinet d’études Capital Economics estime que, en 2025, l’IA a augmenté le PIB de Taïwan de 5 %, celui des États-Unis de 0,5 %, de la Chine de 0,2 % et des autres pays développés de 0,1 %. En 2026, l’impact positif devrait être encore plus marqué. Les investissements dans l’IA peuvent en partie compenser un recul de la consommation dû au renchérissement du pétrole.
La révolution de l’IA en 3 étapes
La révolution de l’IA se compose de trois phases, chacune ayant un impact différent sur l’économie.
- La première phase est le développement de la technologie fondamentale. L’augmentation des dépenses en recherche et développement se concentre principalement aux États-Unis et en Chine. Cette phase est encore pleinement en cours, tout comme la phase 2.
- La deuxième phase concerne les investissements dans les infrastructures nécessaires pour déployer les nouvelles technologies d’IA. Il s’agit notamment des dépenses pour les centres de données, les puces, les capacités énergétiques supplémentaires, etc. Les prévisions indiquent que les investissements dans les infrastructures liées à l’IA continueront d’augmenter à un rythme élevé dans les prochaines années. Outre les entreprises de semi-conducteurs (Nvidia, SK Hynix, TSMC, Samsung Electronics…), les hyperscalers — les entreprises axées sur les infrastructures cloud et de centres de données — font également partie de cette phase 2. Aujourd’hui, ce sont ces entreprises qui affichent de fortes performances.
- La troisième phase correspond à l’intégration de l’IA par les entreprises en dehors du secteur technologique dans leur offre. Les pays les plus performants dans ce domaine enregistreront les gains à long terme les plus importants grâce à l’augmentation de la productivité, en particulier si l’IA est ensuite utilisée pour stimuler davantage l’innovation. La part des entreprises qui utilisent ou prévoient d’utiliser l’IA augmente à un rythme soutenu, et ce dans tous les secteurs, et pas uniquement dans l’informatique et les services professionnels.
La troisième phase en est encore à ses débuts. Néanmoins, on observe déjà des signes encourageants aux États-Unis indiquant que l’IA améliore la productivité, suivis par le Royaume-Uni et le Canada. Dans certains pays plus petits, comme Singapour, l’utilisation de l’IA est également déjà plus avancée. Dans les pays émergents, la révolution de l’IA semble progresser le plus rapidement en Chine, en Inde et au Moyen-Orient.5
L’économie européenne ne doit pas manquer le train de l’IA et devra surtout se concentrer sur la phase 3. Dans la phase 2, on ne trouve que quelques entreprises européennes de premier plan (ASML, Besi, Infineon, Siemens…), mais il manque des hyperscalers de taille mondiale, ce qui rend notre économie nettement moins résiliente que celle des États-Unis. En tant qu’importateur net d’énergie, la hausse des prix du pétrole pèse également plus lourdement sur l’Europe que sur les États-Unis, qui sont exportateurs nets.
Les conséquences des investissements dans l’IA et de la guerre en Iran se reflètent dans les prévisions de croissance et sur les marchés boursiers:
- Pour 2026, Belfius Research prévoit une croissance de seulement 0,5 % pour la zone euro, contre 2,2 % pour les États-Unis et 4,7 % pour la Chine. Ces prévisions reposent sur l’hypothèse que le détroit d’Ormuz rouvrira début juillet.
- Depuis le début de la guerre en Iran, la Bourse américaine surperforme à nouveau nettement la Bourse européenne, grâce à la forte performance des valeurs technologiques. Aux États-Unis, le secteur technologique représente désormais déjà 35 % de la capitalisation boursière totale, contre seulement 8,3 % en Europe. Et l’écart continue de se creuser.5
Convictions
La révolution de l’IA reste la conviction centrale de la stratégie d’investissement de Belfius. La rentabilité historique des entreprises technologiques demeure, pour l’instant, rassurante. Toutefois, comme nous l’avons souvent souligné, nous privilégions une approche au sein d’un portefeuille d’actions bien diversifié. En effet, les arbres ne montent pas jusqu’au ciel.
1 Source: Gartner Says Worldwide AI Spending Will Total $2.5 Trillion in 2026
2 Source: IMF – Nominaal BBP in 2025
4 Memory shortage set to run until 2027 as chipmakers focus on AI - Nikkei Asia
5 Source: MSCI
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